/SalairesTechFR

Transparence salaires tech par stack, région et expérience

Chaque année d'XP vaut-elle vraiment plus cher ? 120 fiches de paie tech passées au crible

Publié le 2026-04-24 • Mots-clés:

Chaque année d'XP vaut-elle vraiment plus cher ? 120 fiches de paie tech passées au crible

Un ancien collègue m'a envoyé un screenshot de son offre la semaine dernière. Dev Python, 14 ans de boîte, grand groupe nantais. 92 000 € brut annuel. « Pas mal, non ? » Le truc, c'est que je venais de croiser dans notre dataset une offre Go à Toulouse, 15 ans d'XP, même type de structure. 104 000 €. Douze mille euros d'écart, à expérience quasi identique.

La question que tout le monde pose dans les threads tech — « combien je vaux avec N années ? » — a une réponse plus complexe qu'un simple multiplicateur. On a épluché 120 offres CDI tech scrapées entre janvier et avril 2026 sur Welcome to the Jungle, Glassdoor, LinkedIn et des annonces directes. Sept stacks. Quatre villes. Trois tailles d'entreprise.

Le constat ? L'expérience paie. Mais pas de la même manière partout. Loin de là.

La méthode : ce qu'on a mesuré (et ce qu'on n'a pas pu mesurer)

Avant de plonger dans les chiffres, un mot sur la cuisine interne. Notre base contient 570 entrées au total — dont 450 issues d'offres publiques (France Travail, Indeed) où les salaires sont rarement affichés. Les 120 offres restantes, sourcées via WTTJ, Glassdoor, LinkedIn et des collectes directes, mentionnent des fourchettes salariales exploitables. C'est sur celles-ci qu'on travaille.

Chaque offre donne un salaire minimum et maximum. On utilise la moyenne des deux comme « salaire médian estimé » — un proxy imparfait mais cohérent. On découpe l'expérience en quatre tranches : junior (0-2 ans), confirmé (3-7 ans), senior (8-12 ans), expert (13-15 ans). Des bornes un peu arbitraires. On les assume.

Ce qu'on ne mesure pas : les primes, le variable, les BSPCE, les avantages type télétravail ou RTT supplémentaires. Ces éléments peuvent représenter 10 à 25 % du package réel. Les chiffres qui suivent ne racontent qu'une partie de l'histoire. Gardez ça en tête.

Le tableau général : 7 stacks, 4 niveaux d'XP, 120 offres

Voici la vue d'ensemble. Chaque cellule représente le salaire médian estimé (en euros brut annuel) pour la tranche d'expérience correspondante.

Stack Junior (0-2 ans) Confirmé (3-7 ans) Senior (8-12 ans) Expert (13-15 ans) Prime totale
Go (19 offres) 52 158 € 70 301 € 90 536 € 99 514 € +91 %
Rust (20 offres) 66 614 € 78 825 € 87 157 € 114 077 € +71 %
DevOps (18 offres) 47 809 € 69 399 € 81 353 € 87 252 € +82 %
Python (17 offres) 51 241 € 59 988 € 76 356 € 92 145 € +80 %
JavaScript (14 offres) 47 091 € 60 346 € 79 622 € 83 434 € +77 %
Data Science (15 offres) 65 415 € 70 646 € 84 592 € 103 186 € +58 %
Java (17 offres) 53 842 € 64 926 € 72 864 € 91 042 € +69 %

La colonne « prime totale » compare le salaire médian expert au salaire médian junior. Ce n'est pas un taux de croissance annualisé — c'est l'écart brut entre les deux extrêmes de la carrière dans notre échantillon.

Deux lectures s'imposent immédiatement. D'un côté, Go affiche la progression la plus agressive : un dev Go expert gagne 91 % de plus qu'un junior. De l'autre, Data Science démarre haut — 65 415 € dès le niveau junior — mais ne progresse « que » de 58 % sur l'ensemble de la carrière.

Go et DevOps : les courbes les plus pentues

Ce sont les deux stacks où chaque année d'expérience rapporte le plus en valeur absolue.

Stack €/an d'XP supplémentaire Salaire junior Salaire expert Progression
Go 3 614 € 52 158 € 99 514 € +91 %
DevOps 3 322 € 47 809 € 87 252 € +82 %
Rust 3 423 € 66 614 € 114 077 € +71 %
JavaScript 3 221 € 47 091 € 83 434 € +77 %
Python 3 001 € 51 241 € 92 145 € +80 %
Data Science 2 751 € 65 415 € 103 186 € +58 %
Java 2 681 € 53 842 € 91 042 € +69 %

Le calcul est simple : on prend l'écart de salaire médian entre juniors (0-2 ans) et seniors/experts (10+ ans), divisé par la différence d'années d'expérience moyenne entre les deux groupes. C'est une approximation linéaire. La réalité est plus irrégulière — on y revient plus bas.

Go domine. Chaque année passée à écrire du Go rapporte en moyenne 3 614 € brut de plus. En Java, c'est 2 681 €. Sur une carrière de 15 ans, cet écart annuel se compose : un développeur Go expert gagne en moyenne 99 514 € quand un développeur Java de même ancienneté tourne autour de 91 042 €.

Mais attention — Go, c'est 35 offres dans notre base totale (570 entrées) contre 47 pour Java. Le marché Go reste étroit. On reviendra sur ce paradoxe.

Le DevOps affiche une trajectoire similaire. Un DevOps junior à 47 809 € atteint 87 252 € au niveau expert — soit 3 322 € par année d'XP gagnée. La rareté des profils pousse les salaires vers le haut, surtout en province. Sur les 80 offres DevOps de notre base, aucune n'est localisée à Paris. Toutes les offres avec fourchettes salariales exploitables se concentrent sur Lyon, Nantes et Toulouse. Un signal fort.

Data Science et Rust : quand partir haut ne garantit rien

Voilà le twist que les tableaux simples ne racontent pas.

Un data scientist junior gagne 65 415 €. C'est le salaire d'entrée le plus élevé de toutes les stacks analysées — 25 % de plus qu'un DevOps débutant, 39 % de plus qu'un dev JavaScript en début de carrière. Mais la courbe s'aplatit vite. La progression entre junior et confirmé n'est que de 8 %. Huit pourcent. Comparé aux 35 % d'augmentation qu'un dev Go capte sur le même intervalle.

Pourquoi ? Hypothèse : le marché valorise la rareté initiale des compétences data (maths, stats, ML), ce qui gonfle les salaires d'entrée. Mais une fois le profil installé, la progression dépend davantage de la capacité à passer tech lead ou manager — et là, c'est une autre paire de manches. Les data scientists qui restent IC (Individual Contributor) semblent plafonner plus tôt. Notre échantillon de 15 offres ne suffit pas à trancher. Mais la tendance est nette.

Rust suit un schéma différent mais connexe. Salaire junior le plus élevé (66 614 €), grâce à la prime de rareté du langage. Mais entre la tranche confirmée (78 825 €) et la tranche senior (87 157 €), la progression ralentit brutalement. Puis ça repart : les experts Rust à 114 077 € explosent le plafond. Les rares profils Rust avec 13+ ans de carrière sont des licornes que les grands groupes s'arrachent — Airbus Toulouse, OVHcloud, des boîtes de finance à Lyon. Ça crée un effet de seuil plutôt qu'une courbe régulière.

Le facteur géographique : l'anomalie Lyon

Là, j'ai dû vérifier trois fois.

Région Junior (0-2 ans) Confirmé (3-7 ans) Senior (8-12 ans) Expert (13-15 ans)
Paris (17 offres) 62 081 € 85 338 € 95 880 € 109 155 €
Lyon (26 offres) 54 344 € 67 318 € 85 972 € 116 303 €
Toulouse (35 offres) 56 531 € 68 323 € 78 830 € 91 839 €
Nantes (42 offres) 50 203 € 62 528 € 74 162 € 87 880 €

Lyon dépasse Paris chez les experts. 116 303 € contre 109 155 €. Un écart de 6,5 %.

Comment est-ce possible ?

Trois facteurs convergent dans notre dataset. D'abord, la composition des stacks : les offres lyonnaises expertes sont surreprésentées en Rust et Data Science (deux stacks à salaires élevés), tandis que Paris mixe davantage avec du JavaScript et du Java qui tirent la moyenne vers le bas. Ensuite, les grands groupes lyonnais — il y en a plusieurs dans la pharma, l'industrie, la fintech — offrent des packages agressifs pour retenir des profils rares qui pourraient partir à Paris. Troisième point : avec 26 offres seulement sur Lyon (dont 4 dans la tranche expert), un ou deux salaires élevés peuvent biaiser la moyenne.

C'est une limite sérieuse de l'échantillon. Mais le phénomène mérite d'être creusé. Parce que si Lyon paye effectivement autant voire plus que Paris pour les profils les plus expérimentés, sans le coût de la vie parisien, ça change fondamentalement le calcul pour un senior en quête de mobilité.

Petite digression : j'ai croisé un Rust dev lyonnais à une conf le mois dernier. Grand groupe industriel, 13 ans de carrière. Son chiffre ? 127 000 €. Il ne cherchait même pas à bouger. « Pourquoi j'irais à Paris prendre le métro pour gagner pareil ? » Anecdote, pas statistique. Mais elle colle aux données.

La taille de boîte : le multiplicateur silencieux

On l'a déjà documenté dans un article dédié, mais le croiser avec l'expérience apporte un éclairage supplémentaire.

Taille d'entreprise Junior (0-2 ans) Confirmé (3-7 ans) Senior (8-12 ans) Expert (13-15 ans)
Grand groupe (41 offres) 62 284 € 76 588 € 91 150 € 105 012 €
Scaleup (42 offres) 54 928 € 65 009 € 85 826 € 95 368 €
Startup (37 offres) 45 921 € 59 955 € 73 452 € 83 474 €

L'écart entre startup et grand groupe est de 35 % chez les juniors (45 921 € vs 62 284 €). Chez les experts, il se réduit légèrement à 26 % (83 474 € vs 105 012 €). Mais en valeur absolue, le fossé se creuse : 16 363 € d'écart junior, 21 538 € d'écart expert.

Autrement dit, les startups ne rattrapent jamais leur retard salarial. Pire, elles sous-paient davantage les seniors en valeur absolue que les juniors.

Ça veut dire quoi concrètement ? Qu'un développeur qui reste en startup toute sa carrière accepte un manque à gagner cumulé colossal. Sur 15 ans, si on prend la différence médiane entre startup et grand groupe à chaque tranche d'expérience, on arrive à un écart cumulé de l'ordre de 250 000 à 300 000 € brut. Pas de l'argent de poche.

Ce calcul a ses limites — equity, ambiance, autonomie, les startups offrent d'autres choses. On ne va pas prétendre que tout se résume au fixe. Mais si vous raisonnez purement en cash, la réponse est sans ambiguïté.

Les paliers : la progression n'est pas linéaire

Le tableau par année individuelle révèle quelque chose que les moyennes par tranche lissent.

Année  Salaire médian    Écart vs année précédente
─────────────────────────────────────────────────
  0      52 136 €         (base)
  1      51 570 €         -1,1 %   ← stagnation
  2      56 523 €         +9,6 %   ← premier bond
  3      66 344 €         +17,4 %  ← le vrai décollage
  5      64 181 €         -
  7      77 350 €         -
  9      84 881 €         -
 11      89 114 €         -
 13      88 791 €         -0,4 %   ← plateau
 14      99 627 €         +12,2 %  ← second bond
 15     102 840 €         +3,2 %

Deux ruptures nettes se dessinent. La première entre 2 et 3 ans : +17,4 %. C'est le moment où un profil passe de « je suis opérationnel » à « je suis autonome ». Les recruteurs le savent et ajustent. La deuxième autour de 13-14 ans : après un plateau entre 11 et 13 ans, les salaires repartent à la hausse pour les profils qui accèdent au statut d'expert ou de staff engineer.

Entre les deux ? Une longue pente régulière, ponctuée de légères variations. Rien de spectaculaire. L'année 8 affiche même une médiane inférieure à l'année 7 (63 384 € contre 77 350 €), ce qui s'explique par un effectif faible (3 offres seulement en année 8) dominé par des postes de startup. Ne tirez pas de conclusion sur un échantillon de trois.

Ce schéma à deux paliers contredit l'idée reçue d'une progression continue. La réalité ressemble davantage à un escalier avec deux marches nettes et un long couloir entre les deux.

Ce que ces données ne disent pas — et pourquoi ça compte

Soyons francs sur les angles morts.

L'échantillon. 120 offres avec fourchettes salariales, c'est suffisant pour dégager des tendances. C'est insuffisant pour établir des vérités statistiques au sens académique. Certaines cellules de nos tableaux reposent sur 2 ou 3 offres. On peut identifier des signaux, pas des lois.

Le biais de survie. Les entreprises qui affichent leurs salaires ne sont pas représentatives de l'ensemble du marché. Les grands groupes publient plus souvent leurs fourchettes que les startups. Les offres à salaires attractifs sont probablement surreprésentées — qui affiche un salaire en dessous du marché ?

Le remote. Notre dataset ne distingue pas remote/présentiel. Un dev Go full remote depuis Nantes pour une boîte parisienne touche-t-il un salaire « nantais » ou « parisien » ? Les deux existent dans notre base. Ça brouille la lecture géographique.

L'IA. Le sujet que personne ne veut aborder de front. Les profils data science et Python voient leurs tâches partiellement automatisées par les outils de code assisté. Est-ce que ça freine la progression salariale de ces stacks ? Possible. Notre snapshot 2026 ne permet pas de mesurer une tendance longitudinale. On reviendra dessus quand on aura les données du second semestre.

Malgré ces réserves, les données pointent dans une direction cohérente. L'expérience reste le premier levier salarial — devant la région, devant la stack, à quasi-égalité avec la taille de l'entreprise. Mais la vitesse de progression dépend massivement du choix de spécialisation. Un Go dev et un Java dev commencent au même niveau. Quinze ans plus tard, l'écart est de 8 500 €. C'est le prix d'un choix de stack.

Et maintenant ?

Si vous cherchez à situer votre salaire par rapport à ces données — ou à simuler l'impact d'un changement de stack, de région ou de taille d'entreprise — on a construit un simulateur gratuit qui croise ces variables. Il s'appuie sur les mêmes 120 offres analysées ici, avec la possibilité de filtrer par expérience. Pas de compte à créer, pas de données à transmettre.

Pour aller plus loin, vous pouvez aussi consulter notre analyse DevOps par région ou le comparatif Python vs JavaScript qui détaille les écarts par taille de boîte.


Données collectées entre janvier et avril 2026, mises à jour le 24 avril 2026. 570 offres d'emploi tech CDI agrégées, dont 120 avec fourchettes salariales exploitables. Sources : Welcome to the Jungle, Glassdoor FR, LinkedIn, France Travail, Indeed FR, annonces directes.