Radiographie des salaires tech en France — juin 2026 : 6 373 offres passées au crible, 5 tendances chiffrées
Radiographie des salaires tech en France — juin 2026 : 6 373 offres passées au crible
Un collègue data engineer m'a envoyé un screenshot LinkedIn la semaine dernière. Un influenceur RH y affirmait que « le salaire médian dev en France dépasse désormais 55k ». En trois secondes, je savais que c'était faux — ou au minimum trompeur. Pas par intuition. Par les données.
On a compilé 6 373 offres issues de Welcome to the Jungle (4 050), France Travail (2 230), LinkedIn, Glassdoor et sources directes, scrapées entre avril et juin 2026. Voici ce qu'elles racontent vraiment, stack par stack, région par région, sans les raccourcis habituels.
Tendance n°1 — La transparence salariale reste un mirage
Sur 6 373 offres tech collectées, seules 1 007 affichent une fourchette de salaire exploitable. Soit 15,8 %.
Dit autrement : plus de 84 % des recruteurs tech en France refusent encore de montrer la rémunération dans l'annonce. Le secteur public, via France Travail, est le pire élève — quasi aucune offre avec un montant brut annuel.
Transparence salariale par source
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WTTJ ████████████████░░░░ ~24 %
Emploi pub. ░░░░░░░░░░░░░░░░░░░░ ~2 %
LinkedIn █████████░░░░░░░░░░░ ~46 % (petit volume)
Glassdoor ██████████░░░░░░░░░░ ~50 % (petit volume)
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Ce 15,8 % crée un biais d'échantillon massif. Les entreprises qui publient leurs fourchettes sont souvent des scale-ups tech ou des ESN en guerre de recrutement (Groupe SII représente à lui seul 186 offres chiffrées). Les grands groupes frileux et l'administration restent dans l'ombre. Toutes les médianes qui suivent portent donc sur ce sous-ensemble — gardez-le en tête.
Tendance n°2 — Rust écrase tout, JavaScript déçoit
Le classement des stacks par salaire médian réserve quelques surprises.
| Stack | Salaire médian | P25 | P75 | Offres chiffrées |
|---|---|---|---|---|
| Rust | 80 534 € | 71 162 € | 94 034 € | 20 |
| Go | 61 522 € | 50 000 € | 89 034 € | 26 |
| DevOps/SRE | 55 000 € | 43 000 € | 65 746 € | 116 |
| Data Engineering | 55 000 € | 46 000 € | 62 500 € | 31 |
| Python | 54 014 € | 44 000 € | 66 066 € | 62 |
| Data Science | 53 550 € | 19 338 € | 65 000 € | 77 |
| Ruby | 57 500 € | 45 000 € | 60 000 € | 10 |
| JavaScript | 50 000 € | 42 500 € | 59 172 € | 131 |
| Java | 49 000 € | 42 000 € | 56 928 € | 87 |
| PHP | 45 000 € | 38 500 € | 52 500 € | 22 |
| C# | 46 000 € | 35 000 € | 55 000 € | 12 |
Rust en tête avec 80 534 € médian. Mais attention : 20 offres. C'est un marché de niche peuplé de profils très seniors. Go suit à 61 522 €, avec un écart P25-P75 béant (50k à 89k) — signe que les postes Go couvrent un spectre d'expérience très large.
Le chiffre qui interpelle : JavaScript à 50 000 €. Pour la stack la plus demandée (894 offres au total, 131 avec salaire affiché), c'est un médian plutôt terne. Inférieur à Python, DevOps, Data Engineering. Le volume d'offres tire la médiane vers le bas — beaucoup de postes JS juniors/intermédiaires, là où Go ou Rust recrutent presque exclusivement des profils confirmés.
Data Science affiche un P25 de 19 338 € qui saute aux yeux. Explication : plusieurs offres de stage et d'alternance se glissent dans le lot (29 stages et 21 alternances dans la base complète). L'écart P25-P75 de la data science est le plus large du tableau. Ce métier paie soit correctement, soit très bien, mais rarement entre les deux.
Un mot sur les ESN. Groupe SII totalise à lui seul 186 offres avec salaire affiché — loin devant Atos (22), Link Consulting (21) ou Capgemini (15). Cette concentration signifie qu'une part non négligeable des médianes reflète la politique salariale d'un seul acteur. Un biais classique dans les analyses de marché, mais qu'on voit rarement mentionné.
Tendance n°3 — Paris paie 28 % de plus, sauf quand ce n'est pas le cas
Salaire médian par région (toutes stacks)
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Paris ██████████████████████████████ 57 500 € (317)
Toulouse █████████████████████████████░ 57 000 € (84)
Nantes ███████████████████████████░░░ 53 684 € (74)
Lyon █████████████████████████░░░░░ 50 000 € (76)
Marseille ████████████████████████░░░░░░ 47 500 € (19)
Bordeaux ███████████████████░░░░░░░░░░░ 45 500 € (38)
Lille ██████████████████░░░░░░░░░░░░ 45 000 € (29)
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Paris domine, sans surprise. Mais Toulouse est à 500 € d'écart. Comment ? La ville rose concentre des offres aéronautique et spatial bien rémunérées, souvent fléchées DevOps ou embarqué. Nantes suit de près, portée par un écosystème tech qui recrute agressivement.
Le vrai écart se creuse avec Lille et Bordeaux (45 000-45 500 €), soit 21 à 28 % sous Paris. C'est là que la prime parisienne devient tangible — et qu'elle justifie éventuellement un déménagement, si le coût de la vie ne l'engloutit pas.
Marseille, avec 19 offres chiffrées et un médian à 47 500 €, reste difficile à positionner. Volume trop faible pour conclure quoi que ce soit de solide. Mais le fait même que Marseille peine à générer 20 offres transparentes en dit long sur la maturité du marché tech local.
DevOps : Lyon devant Paris ?
Résultat contre-intuitif dans les données DevOps/SRE :
| Région | Médiane DevOps | Offres |
|---|---|---|
| Lyon | 65 308 € | 11 |
| Nantes | 63 016 € | 8 |
| Paris | 62 500 € | 32 |
| Toulouse | 55 000 € | 13 |
| Lille | 45 000 € | 7 |
Lyon affiche une médiane DevOps supérieure à Paris. Onze offres, c'est un échantillon mince — un ou deux postes seniors dans un grand groupe industriel suffisent à tirer la médiane vers le haut. Mais le signal existe et il mérite d'être suivi trimestre après trimestre. Nantes, avec 63 016 € sur 8 offres, confirme que la province n'est pas toujours « province » côté rémunération DevOps.
Tendance n°4 — La fourchette de négociation varie selon la stack
Quand un recruteur écrit « 45-55k », il dit implicitement : « la marge de négo est de 22 % ». On a mesuré l'écart médian entre le min et le max affiché, stack par stack.
Écart médian min-max par stack (en % du min)
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C# █████████████████████████ 25,0 %
Ruby █████████████████████████ 25,0 %
Data Eng. ██████████████████████░░░ 22,2 %
DevOps ████████████████████░░░░░ 20,0 %
PHP ████████████████████░░░░░ 20,0 %
Data Science ███████████████████░░░░░░ 19,0 %
JavaScript ██████████████████░░░░░░░ 18,4 %
Java ██████████████████░░░░░░░ 18,4 %
Python █████████████████░░░░░░░░ 17,4 %
Go █████████████████░░░░░░░░ 17,4 %
Rust █████████████████░░░░░░░░ 17,4 %
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C# et Ruby affichent des fourchettes larges (25 %) — probablement parce que ces stacks couvrent des profils très hétérogènes, du maintenancier legacy au lead technique. À l'inverse, Python, Go et Rust ont des fourchettes serrées (17,4 %). Les recruteurs savent ce qu'ils cherchent, et la marge de manœuvre côté candidat est plus réduite.
Attention cependant. Un écart min-max serré ne veut pas forcément dire « pas de négo possible ». Il peut aussi signifier que les entreprises qui affichent le salaire sont celles qui ont déjà calibré leur offre au marché.
Tendance n°5 — Le gros du marché se situe entre 35k et 65k
Où se concentrent réellement les offres ?
Répartition des offres par tranche salariale (n = 1 007)
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< 35k ████░░░░░░░░░░░░░░░░░░░░░ 9,5 % (96)
35-45k ██████████░░░░░░░░░░░░░░░ 22,2 % (224)
45-55k ████████████░░░░░░░░░░░░░ 26,9 % (271)
55-65k █████████░░░░░░░░░░░░░░░░ 19,2 % (193)
65-80k ██████░░░░░░░░░░░░░░░░░░░ 13,6 % (137)
> 80k ████░░░░░░░░░░░░░░░░░░░░░ 8,5 % (86)
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68,3 % des offres tombent dans la fourchette 35-65k. C'est le ventre du marché tech français. Les postes à plus de 80k existent (86 offres, 8,5 %), mais ils restent minoritaires — et concentrés sur Rust, Go, DevOps senior, ou data science senior en Île-de-France.
Le segment sous 35k (9,5 %) correspond largement aux stages, alternances et premiers postes en PHP ou JavaScript hors grandes métropoles.
Petit aparté : j'ai croisé un ami recruteur à un meetup parisien il y a deux semaines. Il m'a dit que « tout le monde veut 70k+ maintenant ». Les données racontent une autre histoire. Moins d'un quart des offres affichées dépassent 65k. Soit les candidats surestiment le marché, soit les recruteurs sous-estiment leurs propres collègues. Probablement un peu des deux.
Le télétravail paie-t-il plus ?
Un point bonus, parce que la question revient sans cesse. Sur les 1 007 offres avec salaire :
| Mode | Offres | Part |
|---|---|---|
| Télétravail partiel | 367 | 36,4 % |
| Présentiel complet | 250 | 24,8 % |
| Non précisé | 181 | 18,0 % |
| Ponctuel | 143 | 14,2 % |
| Full remote | 66 | 6,6 % |
Le full remote ne représente que 6,6 % des offres chiffrées. C'est un marché étroit. Et contrairement à ce qu'on lit souvent, les postes full remote ne sont pas systématiquement mieux payés — ils sont simplement différents : souvent des profils très seniors dans des niches techniques (DevOps, SRE, Go, Rust) où le remote est un argument de recrutement, pas un bonus salarial.
Le télétravail partiel domine (36,4 %). C'est le compromis standard du marché français en 2026 : deux à trois jours sur site, le reste à distance. Les offres en présentiel complet (24,8 %) n'ont pas disparu — elles concernent souvent des secteurs à contraintes physiques (embarqué, cybersécurité, infrastructure on-prem) ou des ESN qui staffent chez le client.
Ce que ces données ne disent pas
Trois limites à garder en tête.
Biais de publication. Les 15,8 % d'offres transparentes ne sont pas représentatives de l'ensemble du marché. Elles surreprésentent les scale-ups tech et les ESN, sous-représentent le CAC 40 et l'administration.
Pas de variable. Les fourchettes affichées sont du brut fixe annuel. Elles n'incluent ni les BSPCE, ni l'intéressement, ni les avantages en nature. Pour un poste en startup fintech à 55k fixe + 15k en stock-options, la réalité économique est très différente de ce que suggère la fourchette.
Granularité de l'expérience. La plupart des offres WTTJ et France Travail ne précisent pas le nombre d'années d'expérience requis. On ne peut donc pas segmenter proprement junior/mid/senior sur la totalité du dataset — seulement sur le sous-ensemble issu de sources plus détaillées (120 offres dans salaries.jsonl).
Trois signaux à surveiller au T3 2026
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Rust et Go continuent-ils à monter ? Les volumes sont encore faibles (20 et 26 offres chiffrées), mais la trajectoire est nette. Si le nombre d'offres Rust double d'ici septembre, on aura un signal fort sur la structuration de ce marché.
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Toulouse va-t-elle dépasser Paris en médiane ? À 500 € près, la ville rose est déjà au coude-à-coude. Un afflux d'offres aéronautique/spatial bien rémunérées pourrait inverser le classement au prochain trimestre.
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La transparence salariale va-t-elle enfin progresser ? La directive européenne sur la transparence des rémunérations (transposition prévue en 2026) pourrait changer la donne. Pour l'instant, 15,8 %. On verra si le législateur change ce chiffre plus vite que le marché.
Méthodologie et outils
Les données proviennent de 5 sources : Welcome to the Jungle (4 050 offres), France Travail (2 230), LinkedIn (33), Glassdoor (27) et sources directes (33). Scraping réalisé entre avril et juin 2026. Les salaires sont exprimés en brut annuel fixe. Les médianes sont calculées sur le point médian de chaque fourchette (min + max) / 2.
Pour situer votre propre rémunération par rapport à ces données, notre simulateur salaire par stack, expérience et région est accessible gratuitement — il s'appuie sur ce même dataset, mis à jour chaque mois.
Pour approfondir les écarts Paris-province, notre duel Paris vs Lyon sur 1 549 offres détaille la comparaison stack par stack. Et si le sujet DevOps vous concerne directement, le parcours de Marine, DevOps à Paris à 72k donne un cas concret de négociation réussie appuyée par les données marché.
Données mises à jour le 1er juin 2026. Prochain bilan : juillet 2026.